Les Témoins de Jéhovah

Repères comparatifs

Repères historiques sur les Témoins de Jéhovah, Russell, Rutherford et les différences avec les familles protestantes.

Charles T. RussellJoseph F. Rutherford

Les Témoins de Jéhovah — une racine protestante, une sortie du tronc commun

  • Témoins de JéhovahRutherford, 1931
  • Étudiants de la BibleRussell, 1879
  • Second-adventismeStorrs, Barbour
  • MillérismeMiller, 1844
  • Réforme1517
Les Témoins de Jéhovah sortent du même terreau que l’évangélisme américain : le Second Réveil et son rêve de restaurer le christianisme primitif. Quand l’annonce du retour du Christ pour 1844 échoue, le mouvement millérite éclate ; c’est au contact d’anciens milléristes (George Storrs, Nelson Barbour) que Charles T. Russell forge dans les années 1870 sa doctrine : chronologies prophétiques, annihilation des méchants plutôt qu’enfer, et rejet de la Trinité — le Fils y est la première créature de Dieu, christologie non nicéenne et subordinationiste, distincte des confessions protestantes trinitaires.
En 1879, Russell lance La Tour de Garde ; à sa mort (1916), Joseph Rutherford centralise le mouvement et lui donne en 1931 le nom de Témoins de Jéhovah. Une partie importante des Étudiants de la Bible refuse alors de le suivre : ces « russellistes » historiques existent encore aujourd’hui, fidèles aux enseignements de Russell mais sans l’organisation centralisée des Témoins — l’Institut biblique pastoral (1918), le Mouvement missionnaire intérieur laïque (Paul Johnson, 1919, dit aussi « de l’Épiphanie »), l’association des Étudiants de la Bible de l’Aurore (1932) et les Étudiants de la Bible libres ; plusieurs de ces groupes ont des assemblées en France et en Europe.
Présents en France depuis le début du XXe siècle, les Témoins n’appartiennent ni à la FPF ni au CNEF : leur doctrine antitrinitaire les situe hors du protestantisme confessant, qui tient la divinité pleine du Christ (Nicée, 325) pour le cœur de la foi. Leur histoire montre en revanche d’où ils viennent : d’un rameau du protestantisme américain du XIXe siècle, courant restaurationniste dont les doctrines divergent des confessions protestantes trinitaires. Cette dernière appréciation relève d’une comparaison théologique.
À retenir · mêmes racines lointaines que les évangéliques (réveils américains, restaurationnisme), mais une rupture doctrinale — la Trinité — qui les place hors du tronc commun protestant.

Dossier en ligne · familles et repères · édition 202639 / 49

Précision de lecture — Chronologie exacte, interprétation à signaler

L’expression exacte est « courants second-adventistes issus du millérisme » : parler d’« adventisme » sans précision reviendrait à confondre les Témoins de Jéhovah avec les adventistes du septième jour, qui sont deux trajectoires distinctes. Le rapprochement avec l’arianisme ancien éclaire un point de doctrine, mais les deux situations historiques ne se superposent pas. Enfin, ce que la page conclut sur le sola scriptura est une appréciation théologique protestante, non un constat historique neutre.

Critère employé dans ce dossier : la confession trinitaire — celle de Nicée (325), achevée à Constantinople (381). La différence est réelle et il est honnête de la nommer ; elle porte sur une doctrine, jamais sur la valeur des personnes. Cette page est un repère généalogique, pas une mise en garde.

Précision de lecture — Des Étudiants de la Bible aux Témoins de Jéhovah : une scission, non une continuité

Le fil vert relie les Étudiants de la Bible aux Témoins de Jéhovah par une flèche unique. Ce qui s’est produit est une scission. À la mort de Charles Russell en 1916, une partie du mouvement refuse la direction de Joseph Rutherford : l’Institut pastoral de la Bible est fondé en 1918, Alexandre Freytag lance les Amis de l’Homme en Suisse, et plusieurs groupes d’Étudiants de la Bible subsistent aujourd’hui encore, distincts des Témoins de Jéhovah. L’assistance aux réunions chute de près de 75 % entre 1922 et 1928.

Ce que Rutherford met ensuite en place n’est pas une retouche : prophétie d’Armageddon manquée en 1925, abandon de Noël (fêté une dernière fois au Béthel en 1926) et de la pyramidologie en 1928, suppression du comité de rédaction et adoption du nom « Témoins de Jéhovah » le 26 juillet 1931 à Columbus, doctrine de la « grande foule » et refus du salut au drapeau en 1935, rejet de la croix en 1936, gouvernement théocratique en 1938.

À noter enfin : l’écart avec la confession trinitaire ne date pas de Rutherford. Russell enseignait déjà que le Fils avait reçu la divinité comme un don, et que l’Esprit saint n’était pas une personne mais la manifestation de la puissance de Dieu. La formule exacte est donc : une fraction des Étudiants de la Bible, réorganisée par Rutherford, devient les Témoins de Jéhovah — les autres subsistent séparément et récusent cette réorganisation.

Sources et repères

Bibliographie du parcours

  • Sébastien Fath, Une autre manière d’être chrétien en France. Socio-histoire de l’implantation baptiste (1810-1950), Labor et Fides.
  • Sébastien Fath et Jean-Paul Willaime (dir.), La nouvelle France protestante. Essor et recomposition au XXIe siècle, Labor et Fides.
  • André Encrevé (dir.), Les protestants (Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine), Beauchesne.
  • Patrick Cabanel, Histoire des protestants en France, XVIe-XXIe siècle, Fayard.
  • Jean Baubérot, Histoire du protestantisme, PUF, « Que sais-je ? ».
  • Musée virtuel du protestantisme — notices thématiques et biographiques.

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